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De l’Ile-de-France au Languedoc-Roussillon, quelles sont les perceptions de l’accès aux soins des patients ?

par Joy Raynaud, Géographe de la Santé


Les URPS se préoccupent de l’accès aux soins

Récemment, les Unions Régionales des Professionnels de Santé des Médecins Libéraux d’Ile-de-France (URPS ML IDF) et du Languedoc-Roussillon (URPS ML LR) ont mené des enquêtes pour identifier les principales difficultés de l’accès aux soins des patients dans leur région respective. Mais tout d’abord que sont les URPS et pourquoi réalisent-elles ces études ?
 Anciennement URML (Union Régionale des Médecins Libéraux), les URPS ont été créées dans le cadre de la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire) du 21 Juillet 2009. Ces associations ont pour missions de contribuer à « l'amélioration de la gestion du système de santé et à la promotion de la qualité des soins » notamment à travers « l’analyse et l’étude relatives au fonctionnement du système de santé, à l'exercice libéral de la médecine, à l'épidémiologie ainsi qu'à l'évaluation des besoins médicaux » et à « l’information et la formation des médecins et des usagers »1. Elles ont donc pour vocation de produire des études et des rapports en matière sanitaire à l’échelle régionale.

 

Des inégalités d’accès aux consultations plus fortes en Languedoc-Roussillon qu’en l’Ile-de-France

L’enquête de l’URPS ML Ile-de-France2 montre que 94% des Franciliens sont satisfaits de leur médecin traitant et 93%, de leurs médecins spécialistes. Mais cette satisfaction ne révèle pas les difficultés du patient pour obtenir une consultation, pourtant elles concernent 8% des franciliens pour consulter leur médecin traitant et 19% pour un spécialiste. En Languedoc-Roussillon, région du littoral méditerranéen disposant d’une offre de soins abondante mais avec de fortes hétérogénéités spatiales et une constante diminution du nombre de médecins libéraux, les chiffres sont plus préoccupants puisque 29% des patients ont déclaré avoir des difficultés à consulter un médecin généraliste (soit 21% de plus qu’en Ile-de-France) et 68% un médecin spécialiste (soit 49% de plus qu’en Ile-de-France)3 ! Ce fort contraste peut s’expliquer par plusieurs éléments, notamment par la différence de densité démographique entre les deux régions et par la différence de densité de médecins salariés et libéraux pour 100 000 habitants : 404 médecins en Ile-de-France et 353 médecins en Languedoc-Roussillon en 20104 .

 

L’attente : la principale difficulté perçue par les patients

La comparaison des causes des difficultés pour consulter un médecin dans les enquêtes des URPS ML Ile-de-France et Languedoc-Roussillon n’est pas aisée. En effet, les questions posées sont formulées différemment et les réponses possibles varient d’une enquête à l’autre suivant les dimensions de l’accès considérées (voir article précédent). Par exemple, « le temps d’attente en cabinet ou les horaires de consultation » n’est pas une réponse possible de l’enquête sur les Franciliens, tandis qu’en Languedoc-Roussillon elle constitue le principal obstacle de l’accès aux consultations pour un médecin généraliste, soit 15% des personnes interrogées. Parmi eux, 62% sont insatisfaits du temps d’attente en cabinet et 12%, des horaires de consultations. Concernant les médecins spécialistes, « le temps d’attente en cabinet ou les horaires de consultation » constitue la principale difficulté pour 8% des personnes interrogées. En Ile-de-France, même si le temps d’attente en cabinet n’est pas une réponse envisagée, l’attente constitue tout de même la principale difficulté des patients pour consulter un professionnel de santé libéral (pas seulement les médecins). En effet, parmi les 29% des Franciliens ayant eu des difficultés, 86% ont dénoncé des délais trop importants pour obtenir un rendez-vous. A la question ouverte « Que proposeriez-vous pour améliorer la manière dont les médecins répondent à vos besoins en matière de santé ? », 23% des interviewés souhaiteraient que les plages horaires de consultation soient élargies et 9% que les horaires de rendez-vous soient davantage respectés. La difficulté du délai d’attente pour obtenir un rendez-vous est également soulignée par l’enquête menée par l’ARS Ile-de-France5 montrant qu’elle concerne 70% des Franciliens sans préciser quels professionnels de santé sont concernés. De même, en Languedoc-Roussillon, 43% des personnes interrogées considèrent que le délai d’obtention d’un rendez-vous est leur principale difficulté pour consulter un spécialiste.

 

L’âge : un facteur important dans les perceptions de l’accès aux soins des patients

Les enquêtes des URPS ML Ile-de-France et Languedoc-Roussillon révèlent que la variable la plus discriminante concernant les difficultés d’accès aux soins est l’âge. En Ile-de-France, les attentes et les sensibilités des personnes âgées de moins et de plus de 35 ans diffèrent et influencent leur degré de satisfaction. En effet, les moins de 35 ans sont plus insatisfaits vis-à-vis du respect des horaires de rendez-vous (+5%), tandis que les plus de 35 ans sont plus insatisfaits du temps de trajet (+20%) ainsi que des délais de rendez-vous (+5%) et des horaires de présence de leur médecin généraliste ou spécialiste (+5%). En Languedoc-Roussillon, les difficultés pour consulter un médecin généraliste diminuent fortement avec l’âge : 91% des 75 ans et plus n’ont aucune difficulté contre 53% pour les 18-24 ans. Cette différence s’explique notamment par le fait que les jeunes semblent moins patients que leurs aînés dans les salles d’attente puisque les difficultés liées à l’attente en cabinet diminuent de façon continue avec l’âge, allant de 21% chez les 18-24 ans à seulement 4% chez les 75 ans et plus. L’âge est également une variable discriminante chez les spécialistes puisque le manque de disponibilité des médecins pour obtenir un rendez-vous est la principale difficulté des 35-64 ans (50%). De même, les difficultés liées au trajet pour se rendre au cabinet augmentent de façon continue avec l’âge (6% pour les 18-24 ans à 12% pour les 75 ans et plus) contrairement aux difficultés liées aux horaires de consultation ou au temps d’attente en cabinet (15% pour les 18-24 ans à 3% pour les 75 ans et plus).

 

Qu’en est-il de l’accès financier et géographique ?

En Languedoc-Roussillon, seulement 3% des patients ont des difficultés financières pour consulter un médecin généraliste et 6% pour un médecin spécialiste. Il est impossible de comparer ces résultats à ceux de l’enquête URPS ML Ile-de-France puisque les difficultés financières n’étaient pas une réponse envisagée. En revanche, selon l’ARS Ile-de-France, 52% des personnes estiment que le système de santé n’est pas satisfaisant concernant « l’égalité d’accès aux soins quelque soient les revenus ». Mais cette question renvoie davantage aux perceptions générales du système de santé des patients et non aux difficultés réelles de la personne interrogée concernant l’accès financier aux consultations. Par ailleurs, les difficultés géographiques d’accès aux soins en Languedoc-Roussillon concernent seulement 3% des personnes pour consulter un médecin généraliste et 9% pour un spécialiste. Peu de différences sont observées entre les personnes résidant en milieu urbain, périurbain, rural ou en Zones Urbaines Sensibles (ZUS). Pour 75% des personnes, leur médecin généraliste est à moins de 10 minutes en voiture. Les résultats sont comparables en Ile-de-France puisque seulement 4% des 502 personnes interrogées considèrent que le lieu de consultation est trop éloigné. D’autre part, le lieu de résidence du patient a peu d’influence pour consulter un médecin généraliste (8% des habitants de Paris ont des difficultés, 9% dans la Grande couronne et 5% dans la Petite couronne) et aucune influence pour consulter un médecin spécialiste. Ces résultats contrastent avec la réponse à la question ouverte de l’enquête de l’ARS Ile-de-France sur la réflexion du système de santé puisque 54% des Franciliens sont insatisfaits de « l’égalité d’accès aux soins quelque soit l’endroit où l’on se trouve en Ile-de-France » : insatisfaction qui n’est pas synonyme de difficultés réelles du sondé pour accéder aux soins.

 

De la perception des patients à celle des médecins: vers une meilleure compréhension des difficultés de l’accès aux soins

L’analyse des perceptions des patients concernant les obstacles de l’accès aux soins montre que l’attente est la principale difficulté pour consulter un médecin. Mais qu’en est-il de la perception des médecins ? Si l’accès financier et géographique des patients constituent des obstacles mineurs, peut-être est-ce lié à l’adaptation des médecins aux besoins de leur patientèle ? En effet, un temps d’attente important en cabinet ou des délais d’obtention d’un rendez-vous trop longs renvoient à une demande supérieure à l’offre existante sur un territoire donné. A cet égard, les faibles différences observées concernant les difficultés d’accès aux consultations suivant le lieu de résidence des patients s’expliquent certainement par la capacité du médecin à réaliser davantage d’actes dans les territoires où la demande est très forte (espaces ruraux, ZUS, etc.). De même, la capacité des médecins à s’adapter aux moyens financiers de leurs patients pour fixer leurs honoraires ou rédiger des prescriptions favoriserait la réduction des obstacles financiers pour consulter un médecin quelque soit le niveau de revenus des patients.

 

Notes

1 Loi n° 93-8 du 4 janvier 1993, relative aux relations entre les professions de santé et l'assurance maladie (Loi Teulade)
2 Enquête téléphonique réalisée par l’IFOP auprès de 502 Franciliens en Juillet 2010 et publiée en Décembre 2011
3 Enquête réalisée en Juin 2011 auprès d’un échantillon représentatif de 1005 personnes en Languedoc-Roussillon, entretiens téléphoniques menés par le CSA.
4 Données Adeli sur EcoSanté (IRDES). En France métropolitaine, la densité moyenne des médecins salariés et libéraux en 2010 est de 330 médecins pour 100 000 habitants.
5 Enquête en ligne réalisée par Harris Interactive du 18 au 28 novembre 2011 auprès d’un échantillon de 1002 individus représentatifs de la population d’Île-de-France âgée de 18 ans et plus

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